Le Centre Gabrielle-Roy | tisser les fils de la fraternité

6 organismes et institutions du quartier de Saint-Michel ont pris part au projet de correspondances. Dans les prochains billets, je vous présenterai, à tour de rôle, nos 6 groupes de correspondants et les spécificités de chacun.


Avec Cennet, Heidy, Maève et Mounir (absents de la photo : Gisèle, Ismaël, Sandra et Stevencia)

  • cartes: créer des ponts – tisser les fils de la fraternité (une carte postale collective)
  • textes : textes individuels écrits par les participants

Lors de ma première visite au Centre Gabrielle-Roy, Gisèle nous traduisait certains mots en langue atikamekw, dont le mot école, « skinomadokomokok », qui signifie littéralement l’endroit où on pleure tous. Ça mettait la table… l’école n’est pas un lieu sécuritaire pour tous et l’écriture n’est pas non plus un refuge pour chacun. J’ai travaillé avec différents groupes, dans différents contextes. Des groupes de gens aux parcours divers, des analphabètes, des étudiants en francisation, des intellectuels, des enfants, des aînés… il y a souvent quelque chose à déconstruire avant d’aborder l’écriture (je ne parle même pas de la poésie et ses a priori, on pourrait faire tout un article là-dessus). Plusieurs personnes dans mes groupes ont un rapport douloureux avec la langue écrite. Plusieurs vont me dire : « j’peux pas écrire, moi j’sais pas écrire. J’fais des fautes. » Et il faut savoir que, personnellement, je ne m’intéresse pas aux fautes, mais plutôt aux messages. Je ne veux pas dire qu’il ne faut pas tenir compte du bon usage de la langue, mais plutôt, qu’on doit accompagner chacun dans l’écriture, où il est rendu dans l’écriture. Travailler une chose à la fois et mettre l’accent sur l’expression, la communication, l’empowerment par la prise de parole. Retrouver aussi le plaisir de la langue, de jouer avec la langue, de rire avec la langue, d’imaginer des combinaisons sonores, des juxtapositions de mots qui font images et qui permettent de voir autrement, de faire passer les mots dans le corps, d’apprivoiser notre voix. Accompagner un groupe dans l’écriture, c’est être funambules à plusieurs sur un même fil. Avec souvent des moments de grâce… comme nous en avons eu un avec Stevencia, par exemple, qui nous partageait qu’elle écrit une carte à sa fille tous les mois depuis le moment de sa naissance. Une façon de lui communiquer son amour et de garder la mémoire de l’attachement, qui se construit au fil du temps.

Avec le groupe, nous avons élaboré une carte postale à partir d’images de google street view. Les participants voulaient que les deux écoles soient représentées sur la carte et aussi, les couleurs de l’arc-en-ciel. Ils se sont questionnés à savoir, ce qu’ils voulaient tisser : solidarité, histoire commune… pour s’arrêter sur le terme « fraternité », qui pour eux, signifiait un peu tout cela.

« Bonjour Isabel
À Gabrielle-Roy nous sommes très diversifiés culturellement. C’est ce qui m’attire le plus à Gabrielle-Roy et à Saint-Michel. C’est pour cela que j’ai choisi l’arc-en-ciel [sur la carte]. »
– Ismaël

« Bonjour Mirbet
Comment vas-tu? Quelques mots sur une carte pour débuter une belle amitié. Je suis étudiante à Gabrielle-Roy, j’ai une petite fille elle a 13 mois. Promenade au parc, plein de bisous sur le visage qui m’illuminent ma journée. Et toi, as-tu un enfant (quel âge?) Quel est ton rêve le plus fou? Je suis impatiente de te lire.
À très bientôt
Amicalement »
– Stevencia

« Bonjour Irma,
Mon plus beau souvenir est d’avoir gagné la troisième place au soccer avec mon équipe Gabrielle-Roy. Dans l’école Gabrielle-Roy nous sommes vraiment sportifs et énergiques. »
– Mounir

« Bonjour Marco,
J’espère que tu vas super bien. Je te partage ma carte pour tisser des liens. J’étudie à Gabrielle-Roy depuis un petit bout de temps et j’aime bien l’atmosphère qui règne là-bas. Ça te dirait de tisser des liens avec moi, partager des beaux souvenirs vécus dans notre quartier, organisme, école?
»
– Stevencia

« Bonjour,
mon nom est Maève, j’étudie à Gabrielle-Roy depuis un an. Tu peux voir sur notre carte il y a un pont et celui-ci définit ce lien qui nous relie entre ton école et la mienne. Pour moi la fraternité signifie : l’amour, l’amitié, la force, le courage dans tout son ensemble.
Et toi?
»
– Maève

« Bonjour Phalla,
je suis Cennet une étudiante de Gabrielle-Roy depuis environ 2 ans. Nous avons choisi les 2 écoles parce que ce sont les 2 écoles qui représentent St-Michel. Dans mon coin, il y a un centre appelé CECRG. Le centre fait plusieurs activités durant l’été et encore
l’hiver. Ce centre réunit toutes les cultures des gens autour ou du quartier St-Michel. »
– Cennet

« Bonjour Hover,
je m’appelle Gisèle, je fréquente le Centre GR depuis 5-6 mois. Quand je suis arrivée, je me suis fait des amis plus rapidement. Les étudiants à l’école sont hyper sociables, ce qui permet de faire de nouvelles rencontres et de faire connaissance.
»
– Gisèle Petiquay


Dans le prochain article, je vous parle du groupe de correspondants du Centre Gabrielle-Roy…

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Le Centre Gabrielle-Roy | à propos

6 organismes et institutions du quartier de Saint-Michel ont pris part au projet de correspondances. Dans les prochains billets, je vous présenterai, à tour de rôle, nos 6 groupes de correspondants et les spécificités de chacun.


« Le Centre Gabrielle-Roy est un lieu de formation générale pour adultes âgés de 16 ans et plus de la Commission scolaire de Montréal (CSDM). Dans une ambiance chaleureuse à dimension humaine, le centre accueille autant ceux qui ont besoin d’une mise à jour de leurs acquis que ceux qui désirent compléter leur formation scolaire. Il leur procure les outils nécessaires pour participer activement à la vie sociale, culturelle et économique de leur communauté. »

Le centre est situé en plein cœur de Saint-Michel sur le boulevard Saint-Michel, entre les deux parenthèses des deux anciennes carrières. Le centre est voisin d’un jardin communautaire, du parc Ste-Yvette et de la nouvelle maison d’Haïti sur Émile-Journault.

Le cente porte le nom de Gabrielle Roy, enseignante et auteure, notamment de Bonheur d’occasion, de Ces enfants de ma vie et de La route d’Altamont. Une grande écrivaine québécoise. Le souvenir que je garde de mes lectures de Gabrielle Roy est celui d’une impression de familiarité. La paradoxale sensation de découvrir une auteure que je semblais déjà  connaître. Une impression de déjà lu. Je ne sais pas si je me reconnais dans l’écriture de Gabrielle-Roy parce qu’elle a été enseignante avant de se consacrer entièrement à l’écriture. Je ne sais pas si cette résonance provient de la langue ou de l’amour évident de l’écriture ou de cette façon de raconter et de faire voyager dans l’écriture. Il y a ce mouvement dans l’écriture de Gabrielle Roy, celui du train qui mène vers l’eau, qui traverse les montagnes, qui fait voyager jusqu’au bout du pays, loin de la famille. Il y a les enfants et l’exil, la famille et les départs, les aurevoirs et les liens qui ne se délient pas malgré la distance. Il y a cette envie d’y retourner et de me reposer dans les pages. Retrouver cette généalogie littéraire, qui créent des liens entre lecteurs et auteurs. Dans mon arbre généalogique personnel, Gabrielle Roy est une grand-mère réconfortante et toute-puissante, quelqu’un avec qui je prends le thé en philosophant et en élaborant ma prochaine fuite. Où étais-je d’ailleurs, quand je l’ai rencontrée? Dans quel paysage et à quel âge? Est-ce possible que je sois tombée en amour avec Gabrielle Roy parce qu’il y avait chez elle cette recherche d’absolu, cette fuite en avant dans l’écriture, cette marche sans regarder en arrière, cette entièreté, cette avidité de la vie?

— C’est ça, la vie, si vous voulez le savoir — et je ne sus plus à qui elle parlait: une montagne de barda. Heureusement qu’on ne la voit pas dès le début, sans quoi on ne s’y aventurerait peut-être pas; on rechignerait. Mais la montagne se dessine seulement au fur et à mesure qu’on monte. Et du reste, autant de barda on a fait dans sa vie, autant il en reste pour les autres, derrière soi. C’est de l’ouvrage jamais fini, la vie. Avec tout ça, quand on n’est plus bonne à aider, qu’on est reléguée dans un coin, au repos, sans savoir que faire de ses dix doigts, sais-tu ce qui arrive? me demanda-t-elle et, sans attendre de réponse, elle me l’apprit: Eh bien, on s’ennuie à en mourir, on regrette peut-être le barda, peux-tu comprendre quelque chose à ça?
– Gabrielle Roy, La route d’Altamont | ma grand-mère toute-puissante

Collectif Macédoine, projet de mosaïque narrative avec Isabelle-Claire Murphy et Chantal Bergeron et les jeunes du Centre Gabrielle-Roy dans le cadre du programme de Persévérance scolaire


Infos supplémentaires :
site officiel du centre Gabrielle-Roy
Gabrielle Roy [wikipedia]
Dans le prochain article, plus d’infos sur le projet de correspondances du groupe du centre Gabrielle-Roy…